BLITZ!

My Kingdom For A Song
BLITZ! Numéro 49

Par le Général Hiver

Suicide, A Way Of Life

Suicide, A Way Of Life

En 2023, le label Mute a publié une réédition remastérisée du 3e album studio de Suicide « A Way of Life » à l’occasion de son 35e anniversaire. Sorti à l’origine en 1988, plus de dix ans après leur emblématique album éponyme, « A Way of Life » a vu Alan Vega et Martin Rev s'associer une nouvelle fois au leader de The Cars, Ric Ocasek, pour produire « neuf chansons pop industrielles à l'atmosphère inquiétante » (cf. Pitchfork). Cette édition anniversaire est disponible en édition limitée de vinyle bleu transparent, en CD et en numérique. L'album a été entièrement remasterisé par Denis Blackham (Skye Mastering). Sur chaque format, on trouve les titres bonus « Heat Beat » et une nouvelle reprise live de « Born in the USA » de Bruce Springsteen. Trois autres enregistrements inédits figurent exclusivement sur les versions CD et numérique.

Le formidable titre « Wild in Blue » ouvre l’album et mérite que nous lui consacrions cette chronique.
Musicalement, tout commence par la boîte à rythmes, puis les synthés tranchants arrivent, avec un riff répétitif qui va persister durant les 4’34 du morceau. Aux vocaux, Alan Vega se montre tour à tour excité, caressant, crooner, tendu et presque sur le point de crier. Dans son livre « Dream Baby Dream/Suicide/A New York Story », le journaliste britannique Kris Needs indique que l'album s’ouvre sur le grind tonitruant et les rythmes électro tordus de « Wild in Blue », et précise que ce morceau a été écrit sur place par Rev et Vega, au cours de la première heure passée en studio d’enregistrement.

Les paroles

Le livret du CD original ne contient pas les textes. Après consultation de plusieurs sites internet et plusieurs écoutes du morceau, voici la version qui nous semble correcte, avec quelques blancs.

  • Here good sister come
  • Yeah, she's wild in blue
  • Yeah good sister comes
  • [?] black and blue
  • She's changing something
  • Yeah, get it on
  • Touched by her lips
  • Touched by her mouth
  • By design
  • And fast demand
  • Gimme, gimme time
  • Last love
  • If you only knew
  • Only knew
  • She's so wild in blue
  • Wild in blue
  • She's so wild in blue
  • Oh, wild in blue

  • And she says, « honey
  • How are you? »
  • Oh, take me baby
  • Take me, baby
  • Take me away
  • Take me away, baby
  • Let's get it on
  • Get it on
  • [?]
  • Let me [?]
  • Gimme, gimme time
  • Give me, give me time
  • She's so fine, baby
  • And my lust [?]
  • If you only knew
  • Only knew
  • She's so wild in blue
  • Wild in blue
  • She's so wild in blue
  • Wild in blue
  • [?]
  • This is the
  • This is the [?]
  • This is the [?]
  • Touch my lips
  • Touch my eyes
  • Yeah, by design…
  • And faster [?]
  • Give me time
  • Oh, baby, give me time

Suicide a été injustement sous-évalué durant sa carrière, peut-être cela est-il dû au fait que Martin Rev et Alan Vega ont toujours eu un temps d’avance sur leur époque. Ils ont influencé de nombreux artistes, parmi lesquels nous pouvons citer The Jesus And Mary Chain, Depeche Mode ou encore Soft Cell.
À son modeste niveau, cette chronique contribuera, nous l’espérons, à leur réhabilitation.

Chères lectrices et chers lecteurs, ce trimestre nous vous proposons une double dose de « My Kingdom For A Song », avec l’étude de l’un des plus beaux titres du genre post-punk, en l’occurrence « New Dawn Fades » de Joy Division, que l’on trouve sur le mythique premier album du groupe mancunien, « Unknown Pleasures ».

La musique de New Dawn Fades

Joy Division, New Dawn Fades

Après quelques secondes où l’on entend un extrait la bande inversée du morceau « Insight », la batterie de Steven Morris fait son entrée, de manière lente et régulière, suivie de la ligne de basse de Peter Hook, puis de la guitare de Bernard Sumner. Cette progression permet l’introduction de la voix de Ian Curtis, qui bénéficie d’une réverbération qui en accentue la profondeur, qui ira crescendo au fur et à mesure du morceau. L’auditeur appréciera, à partir de 1’20 du début, la présence d’un riff finement ciselé par Bernard Sumner.
« New Dawn Fades » est une chanson mélodieuse porteuse d’une grande mélancolie. Ces qualités, combinées à la description fine du côté tragique de l’existence humaine que l’on trouvera dans les paroles, font d’elle l’une des plus belles œuvres du post-punk.

Les paroles de New Dawn Fades

New Dawn Fades :

  • A change of speed, a change of style
  • A change of scene, with no regrets
  • A chance to watch, admire the distance
  • Still occupied, though you forget
  • Different colors, different shades
  • Over each mistakes were made
  • I took the blame
  • Directionless, so plain to see
  • A loaded gun won't set you free
  • So you say
  • We'll share a drink and step outside
  • An angry voice and one who cried
  • We'll give you everything and more
  • The strain's too much, can't take much more
  • Oh, I've walked on water, run through fire
  • Can't seem to feel it anymore
  • It was me, waiting for me
  • Hoping for something more
  • Me, seeing me this time
  • Hoping for something else

La nouvelle aube s’estompe :

  • Changement de vitesse, changement de style
  • Un changement de décor, sans regret
  • Une chance de regarder, d'admirer la distance
  • Toujours occupé, même si on l'oublie
  • Différentes couleurs, différentes nuances
  • A chaque fois, des erreurs ont été commises
  • J'ai pris le blâme
  • Sans direction, si évident à voir
  • Une arme chargée ne te libérera pas
  • Comme tu le dis
  • Nous partagerons un verre et sortirons
  • Une voix en colère et une qui a pleuré
  • Nous te donnerons tout et plus encore
  • La tension est trop forte, je n'en peux plus
  • Oh, j'ai marché sur l'eau, j'ai couru à travers le feu
  • Je n'arrive plus à le sentir
  • C'était moi, qui m'attendais
  • Espérant quelque chose de plus
  • Moi, me voyant cette fois
  • Espérant quelque chose d'autre.

Ces paroles bouleversantes dépeignent peut-être, mais de façon assez ambiguë, l’échec d’une relation à deux. Ian Curtis s’est-il inspiré de sa propre vie avec son épouse Deborah pour composer ce texte, moins d’un an avant « Love Will Tear Us Apart », plus explicite ? Interrogé par son épouse, profondément interpellée par le vers « A loaded gun won’t set you free », qui évoque le meurtre et/ou le suicide, Ian Curtis n’a ni confirmé ni infirmé que ce vers décrivait son ressenti au sujet de sa vie de couple.
Le mystère ne sera donc jamais percé. Il reste à écouter ce magnifique et poignant morceau, témoignage incontestable du talent de Joy Division.