BLITZ!

LES CHRONIQUES DE L´ADEPTE
BLITZ! numéro 21

NATURE AND ORGANISATION « Snow Leopard Messiah »
(2016 Trisol Music Group -Tri517, distribution : Soul Food)

Nature est ce que l´on appelle un supergroupe, à l´instar de This Mortal Coil chez 4AD. La comparaison s´arrête là. Formé autour de Michael Cashmore, guitariste officiel de Current 93 après le départ de Douglas P. (Death In June) vers l´an de grâce 1992.
Supergroupe puisqu´il accueille en son sein des membres (passés et présents) de Current 93 dont Rose Mc Dowall, que l´on connaîssait aussi dans Death In June, qui ouvre (presque !) cet album « Beauty Reaps The Blood of Solitude », soit le 1er CD de cette compilation.
Et l´on est heureux de cette réédition puisque l´originale, parue en 1994 chez World Serpent vaut à présent une petite fortune (bien que le disque soit sujet au disc rot ou bronzing, des tâches vertes comme des moisissures apparaissant sur le bord du CD, ceci étant fréquent à l´époque sur les CD de World Serpent fabriqués par PDO).

Après un instrumental bruyant (l´album est entrecoupé de plages industrielles remplies de guitare saturée) il faut donc attendre la piste 2 pour écouter la voix si familière de Rose Mc Dowall sur le traditionnel « Wicker Man Song », puis on la retrouve à nouveau sur la plage 4 : « Bloodstreamruns » accompagnée cette fois de David Tibet (Current 93). Le titre suivant, à l´intro inquiétante, c´est « My Black Diary », composé par Douglas Pearce, dont on peut entendre la voix (en tant que guest), suivi de la voix de Tibet, puis enfin par celle de Rose.
« Tears For an Eastern Girl », chanté par Tibet, est un très beau titre (rejoint sur la fin par la voix de Rose) dont on peut trouver la reprise à la fin de cet album (après le titre Bonewhiteglory, qui conclut formidablement ce disque).

« Blood of Solitude » part I & II, sur lesquels on peut entendre le violon de Benet Walsh, font partie du EP « A Dozen Summers Against The World » sorti à la même époque et qui contient le titre alors inédit (sur l´album du moins) « A Dozen Winters of Loneliness » sur lequel une voix fantomatique répète à l´infini (avec celle de David Tibet) « A Dozen Winters of Loneliness, and a Dozen Summers Against The World » même si l´on n´est pas sûr que cette voix féminine soit celle de Rose (créditée à Eastern Girl). Le tout se concluant (sur ce titre bonus) sur les guitares distordues de Michael Cashmore accompagnées d´une voix de musique country assez entêtante.
Enfin, le 1er CD se conclue sur la reprise de « To You » de Jacques Brel, un autre bonus track. Grâce à l´apport de ces deux titres bonus (sur le CD 1), l´album avoisine désormais les 55 minutes.

Le 2ème album de Michael Cashmore, soit le CD II, qui contient 12 titres, est un album inachevé (selon les dires de l´auteur) paru en 1998. En effet, « Snow Leopard Winter » (parts I to 12) est plutôt spécial, puisqu´instrumental, contenant de courtes pièces joués au piano (par Michael Cashmore) avec l´aide d´Elizabeth Toney au violon, Jeremy Jackson, au violon également, Hannah Walker à la viole de gambe et Dan Bradley au violoncelle. Que dire de cet album ? Paru à l´époque en prix cassé, si ce n´est qu´il est suffisamment soporifique pour s´endormir rapidement, mais que l´on peut également l´utiliser comme musique de fond devant un feu de cheminée un soir d´hiver. Sans vouloir paraître odieux envers celui-ci (nous nous en gardons bien dans BLITZ! de « casser du disque »!) il ne laisse pas un souvenir impérissable et nous retournerons donc mettre le CD I sur la platine une fois encore.

L´adepte

CURRENT 93 « Christ And The Pale Queens Mighty in Sorrow »
(Maldoror 1988- Durtro/Mal666CD)

Cet album (pour ne pas le nommer), qui fait suite à « Dawn » (1987) et « Imperium » (87 aussi) démarre plutôt agressivement avec « Dogun » (un hommage au moine zen japonais Dogen ?), sans doute car ce titre reste dans la lignée de « Dawn » (un disque que renie Tibet aujourd´hui), et effectivement, mis à part les guitares saturées de Douglas Pearce et la voix (heureusement moins agressive, mais tourmentée) de Rose Mc Dowall, cet album a tout pour faire fuir le commun des mortels (et même le fan absolu de Current 93 !).

La 2ème plage, « Forever Changing », avec Tibet qui parle plus qu´il ne chante, est plutôt minimaliste (avec le piano joué par Dik et la basse par Tony Wakeford) et annonce la teneur de l´album (il dure 10 minutes) qui se poursuit avec le superbe « The Ballad of The Pale Christ » (avec la voix de Rose plus apaisée cette fois !) et la guitare de Douglas qui annonce déjà « Swastikas For Noddy », enregistré en 1987, mais qui ne paraîtra que fin 1988.

Le ton est donné avec « Christ And The Pale Queens » un titre plus expérimental (qui ne fait pas dans la dentelle non plus !)), avec dans l´ordre d´apparition : Dik au clavier (il joue au même moment avec Sol Invictus), David Tibet au chant parlé, Tony à la basse puis Rose (au bout de 7´) alors qu´entre temps Dik est passé à la batterie pour un titre d´anthologie qui clôt l´album.

2 titres bonus sur la version CD (« The Red Face of God » et « The Breath and Pain of Gods ») viennent conclure sur une version différente de « Dogun » et du titre précédent.
Ces deux titres étant parus à part sur un maxi limité à 666 exemplaires en vinyle.

On n´oubliera pas de sitôt le titre « Mighty in Sorrow », phrase répétée sans cesse par David Tibet sur le thème de « Christ & the Pale Queens », avec ses 18 minutes, qui clôt le CD de façon étrange.

Et sur le net : www.durtro.com

L´adepte

« Decoder » (film et bande originale/Transparency 2010)

Dans une société allemande (le mur n´est pas encore tombé !) où le pouvoir a pris le contrôle des esprits, principalement via le media musical, un groupe de terroristes « audio-actifs » mené par FM Einheit (Einstuerzende Neubauten) établit un contre-pouvoir en produisant de la « muzak » qui est « plus que de la musique »Â ! Ce film, dérangé et dérangeant, voit la participation de William S. Burroughs (le film lui est dédié !) mais aussi de Genesis P.Orridge (Psychic TV) en tant que guests.

La «Â musique », aseptisée au possible,qui est le centre d´intérêt de ce film, réalisé par Klaus Maeck (sorti en 1984), n´est pas sans rappeler justement le livre « 1984 » de Georges Orwell.
La « muzak », elle, est composée par FM Einheit et Dave Ball (Soft Cell), ce dernier étant accompagné pour l´occasion de Gen P.Orridge. La BO du film, disponible en version CD remasterisée, dans ce coffret, fait également appel à Matt Johnson (The The), Christiane.F (qui joue aussi dans le film) accompagnée ici par William S.Burroughs, ainsi que des Einstuerzende Neubauten. À noter qu´un titre de Soft Cell (« Seedy Films » ne figure pas sur le CD mais dans le film « DECODER », qui a aussi donné son nom à un réel groupe dissident italien.

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